La clef. La confession impudique- Junichirô TANIZAKI

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Dans le paysage de la littérature japonaise Junichirô Tanizaki tient une place de choix aux côtés d’autres écrivains tels que Natsume Sôseki, Yasunari Kawabata ou encore Yukio Mishima. Considéré comme un très grand auteur par ses contemporains , si bien qu’il sera affublé du surnom de « Tanizaki le Grand », il me pense qu’il soit étrangement bien peu connu en France. Mon entrée dans le monde tanizakien s’est faite sur les recommandations de lectrices dont j’apprécie les goûts littéraires. Mon initiation aurait très bien pu débuter avec d’autres œuvres de l’auteur, comme Un amour insensé ou Svastika, mais c’est La clef, La confession impudique qui l’a emporté pour son format très court (plus proche de la nouvelle que du roman d’ailleurs) et son synopsis plutôt subversif….

Junichirô Tanizaki est un écrivain de la première moitié du XXème siècle. Il publie La clef, la confession impudique en 1956, à l’âge de 70 ans. C’est donc un roman de la maturité où il donne libre cours à l’expression de ce qui le fascine au plus au point, les penchants étranges et troublants de la nature humaine.

Le roman est construit sous la forme d’un double journal intime. D’un côté le journal d’un mari de 56 ans frustré par son incapacité à satisfaire sexuellement sa femme, et de l’autre côte le journal de cette femme de 45 ans (Ikuko) à l’appétit sexuel démesuré. Deux autres personnages importants interviennent dans cette histoire: la fille du couple (Toshiko) et son « potentiel » fiancé (Kimura). La narration est bâtie comme un jeu de cache-cache où le mari et la femme écrivent leur journal intime respectif dans leur coin tout en sachant que l’autre lira en cachette ce qu’il a écrit…

La simplicité du style d’écriture de Junichirô Tanizaki permet à chaque lecteur de le lire sans difficulté. Ici point de longues phrases et descriptions, on est plongé directement au cœur des pensées des protagonistes. L’auteur transforme le lecteur en véritable spectateur, il y a une dimension très voyeuriste qui est exacerbée par ce jeu de cache-cache: nous voulons savoir dans quelle direction va aller ce couple.

Au fil des pages, une atmosphère machiavélique se met en place. L’auteur fait en sorte d’instaurer le doute chez le lecteur: on en vient à douter, on ne sait plus qui ment, qui dit la vérité, quels liens entretiennent vraiment les personnages, qui est bon et qui est mauvais…On se rend compte au final qu’on a peut être (ou pas) certainement été dupé.

L’auteur s’intéresse ici à une des facettes perverses de l’homme: le mari va trouver dans la jalousie, qu’il s’efforcera de provoquer chez sa femme, un très fort stimulant à son problème d' »impuissance ». Il va découvrir d’autres formes de désir et plaisir bien plus puissantes que ce qu’il avait connu jusque là.

Le personnage d’Ikuko, la femme, est extrêmement intéressant. Elle est la métaphore de ce Japon qui au début du XXème siècle commence à s’ouvrir au monde. Elle est, d’un côté, prisonnière des codes moraux inculqués par la société, et de l’autre côté, souhaite secrètement et honteusement se libérer de ce carcan. On est à la croisée entre tradition et occidentalisation.

La clef, la confession impudique questionne aussi sur l‘infidélité. Est ce qu’il y a des raisons qui excusent cette trahison envers la personne qui partage sa vie?

La clef, La confession impudique est un roman provocateur et sulfureux. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à lire quelque chose qui s’apparenterait à Cinquante nuances de Grey ou encore After… On est bien loin de ce genre de littérature. Certes, Junichirô Tanizaki, sans demi-mesure, sans que la morale intervienne, aborde les problèmes de la sexualité chez le couple, les désirs et les pulsions, mais il fait cela en finesse, sans rentrer dans les propos graveleux. Un certain esthétisme se dégage dans l’érotisme. La clef, la confession impudique est une bonne introduction pour découvrir l’univers de l’auteur. Lecture agréable et intéressante pour tout ce qu’elle aborde, mais il m’a manqué l’Émotion qui s’explique certainement par la petite taille du roman, obligeant à la concision et à peu d’approfondissement. Je relirai toutefois avec plaisir d’autres œuvres de l’auteur.

15/20

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